Publié le 22 Mai 2011

Le maire s’explique / Jean ROTTNER

« Une politique forte »

Dernières Nouvelles d’Alsace du 22/05/2011

-Mulhouse a-t-elle une politique de conservation du patrimoine ?

Oui, répond sans hésiter le maire Jean Rottner qui martèle : c’est une politique forte, présente et quotidienne. Dans la rénovation des quartiers anciens, plus de 120 Immeubles sont sous obligation d’engager des travaux ; C’est le respect des alignements des logements ouvriers dans le secteur des rues du Gaz et du Runtz. C’est l’instauration des ZPPAUP, les Zones de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (Rebberg, cimetière central) en consultant les associations. C’est aussi la conservation du patrimoine cultuel, la restauration du temple Saint-Etienne, la synagogue, les orgues de Sainte-Marie. Dans Mulhouse grand centre par exemple, on intègre une restauration, une réhabilitation, comme au 4/6 rue des Rabbins (l’ancien couvent des Clarisses).

DMC : « Superba demande trop »

- Les associations ont été critiques vis-à-vis de la municipalité après la destruction du bloc vapeur de la filature DMC de 1812 et les incertitudes qui pèsent sur la maison Weber.

- Ces deux affaires sont du domaine privé. À DMC, nous n’avons pas encore de concession car cela ne peut pas se faire à n’importe quelle condition. Superba demande trop. Si nous devenons propriétaires, nous le ferons de façon responsable. Je regrette qu’on n’ait pas anticipé il y a une dizaine d’années pour éviter cette destruction. On avait pourtant mis en garde le propriétaire et les promoteurs qui se sont intéressés au site. Ils ont fait le minimum.

En ce qui concerne la maison Weber, nous sommes devant un acteur économique important pour Mulhouse, 1 100 personnes qui travaillent dans les deux cliniques. Le Diaconat veut créer un pôle hospitalier important en ville. On ne peut pas négliger leur intention. Le Diaconat a un permis de démolir depuis un an, valable deux ans et une année avec sursis supplémentaire. Son projet était de réaliser une extention de 10 000 m² sous peine de quitter Mulhouse. Mais depuis que la fondation a repris Saint-Sauveur, je ne connais pas ses intentions. J’ai donc demandé à rencontrer le directeur du Diaconat. Cela devrait se faire dans les prochains jours. Il faut trouver un équilibre entre le développement économique et le devoir de mémoire. Ce quartier est en pleine transformation et l’offre sanitaire qui nous est faite doit s’intégrer dans les aménagements à venir.

- Quelles sont vos relations avec le Conseil consultatif du patrimoine mulhousien ?

- Elles sont bonnes. Le conseil regroupe des experts, des historiens. Je ne suis pas un spécialiste. Leur avis compte. Une pétition pour préserver un bâtiment est une expression dont on doit tenir compte. Quand nous entreprenons quelque chose, on le sollicite. Le CCPM doit être à la fois force de propositions et doit être en capacité à tirer la sonnette d’alarme, en discutant sereinement. Mais en tant que maire, ma responsabilité est de trancher après avoir écouté tout le monde.

« Les requalifications, ça fait moins de bruit »

-Mulhouse Ville d’art et d’histoire, n’a-t-elle pas plus d’obligations que d’autres villes ?

- Effectivement. Ce label, qu’aucune autre ville en Alsace ne possède, nous oblige à ouvrir un Centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine. Il sera installé en 2012 dans la maison Lambert, vestige d’une architecture mulhousienne préindustrielle qui n’avait plus de fonction. On nous a reproché un manque de dynamisme. On avance petit à petit . Grâce au label, que l’on doit au travail du regretté Édouard Boeglin, Mulhouse a une animatrice du patrimoine. Il s’agit de Caroline Delaine. Nous avons des guides labélisés et il y a des actions avec l’Éducation nationale. Nous participons de façon plus active que d’autres aux Journées du patrimoine. Une signalétique, rappelant que Mulhouse est Ville d’art et d’histoire sera bientôt mise en entrée de ville.

- Le label a une durée de vie limitée (*).

- Il est délivré pour cinq ans. Nous avons des obligations, notamment en ouvrant le CIAP. Notre volonté est de nous inscrire dans la durée. Le Conseil consultatif du patrimoine s’inscrit dans la logique du label Ville d’art et d’histoire. Pour en revenir à notre politique, nous privilégions les requalifications plutôt que les démolitions. Ca fait moins de bruit, c’est moins spectaculaire. Mais cela contribue pleinement à la préservation du vieux Mulhouse. La transformation de la place Franklin, avec la réutilisation des pavés d’origine, est un bon exemple de conservation du patrimoine.

E.Chabauty

Dernières Nouvelles d’Alsace du 22/05/2011

(*)Le label a été obtenu en décembre 2008. D’ici 2013, Mulhouse devra avoir son CIAP sous peine de le perdre.

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Rédigé par SOCIETE GODEFROY ENGELMANN

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Publié le 22 Mai 2011

Maison Weber / La manufacture de 1794 menacée

Péril en la demeure

Dernières Nouvelles d'Alsace du dimanche 22/05/2011

Depuis un an, la fondation du Diaconat a l’autorisation de démolir « l’hôtel Weber », inscrit à l’inventaire des bâtiments historiques, situé 6/14 boulevard Roosevelt sur le site de la clinique, dans un parc protégé en retrait du carrefour Roosevelt-Porte Haute. Cet immeuble est remarquable tant dans sa forme — « avec notamment son balcon en fonte moulée », précise Marie-Claire Vitoux — que dans son état de conservation. Pourtant, il est plus âgé que la Réunion de Mulhouse à la France. À l’origine, il s’agissait d’une manufacture, la toute première construite en dehors des murs de la ville. Au siècle dernier, l’hôtel a abrité le service municipal de l’urbanisme avant d’être cédé au Diaconat.

Le site comprend également des écuries d’époque et une petite conciergerie. Malgré les qualités de la maison Weber, le permis de démolir a été accordé par la Ville au Diaconat quand la fondation a affirmé qu’il était impossible d’en faire un usage hospitalier et manifesté son intention de créer un plateau technique de soins de 10 000 m² Entre temps, la fondation a acquis la clinique Saint-Sauveur et le projet de plateau serait gelé.

Mais à défaut d’en avoir confirmation de la part de la direction qui n’a pas répondu à nos sollicitations, il s’agit d’une rumeur. Le maire Jean Rottner est également dans l’expectative (lire par ailleurs ses déclarations).

Le silence du propriétaire du site sur ses intentions, inquiète Francis Fricker, ancien directeur du Technpôle. Il a consulté ce fameux permis de démolir qui se fonde, entre autres, sur un « avis réputé favorable » de l’architecte des Bâtiments de France. Il oblige aussi le propriétaire à conserver la modeste conciergerie.

Conciergerie alibi ?

Francis Fricker s’insurge: l’hôtel au-dessus duquel est suspendu le bras d’une pelleteuse, est répertorié à l’inventaire des bâtiments historiques et il est situé en Zone de protection du patrimoine architectural urbain et paysager (ZPPAUP). Quant à l’architecte des Bâtiments de France, n’ayant certainement pas vu l’immeuble, son silence équivaut donc à un avis favorable. Enfin l’obligation de restaurer la conciergerie est incompréhensible en raison de l’état du délabrement avancé de ce logement et de sa médiocre qualité architecturale.

Francis Fricker invite les dirigeants de la Ville à se référer au document que Marie-Claire Vitoux a publié dans l’Annuaire historique de Mulhouse, sur cette maison intitulé « Péril en la demeure » pour comprendre quel joyau risque de perdre Mulhouse si la maison vient à disparaître.

(*)engelmann.patrimoine@gmail.com

Eric Chabauty

Dernières Nouvelles d'Alsace du dimanche 22/05/2011

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Rédigé par SOCIETE GODEFROY ENGELMANN

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Publié le 22 Mai 2011

Patrimoine mulhousien - Destruction du bloc vapeur DMC, menace sur la maison Weber

Il est minuit moins cinq...

Dernières Nouvelles d'Alsace du dimanche 22/05/2011

Mulhouse, ton patrimoine fout-il le camp ? La destruction du bloc vapeur d’une filature et la menace sur le premier atelier construit en dehors des murs de la ville confirment ce que disait le regretté Édouard Boeglin: « A Mulhouse, il est minuit moins cinq en matière de conservation du patrimoine ».

Une pétition de 1 500 signatures, un référé suspension et un recours au tribunal administratif n’y ont rien fait.

Il y a quinze jours, Superba a lâché les pelleteuses sur le bloc vapeur de la filature DMC de 1812, la plus longue en Europe continentale. Elles ont mis à bas un édifice de belle proportion et aux murs solides, mais abîmé par des squats et un incendie resté inexpliqué.

Le Conseil consultatif du patrimoine mulhousien (CCPM) qui fédère les associations œuvrant pour la conservation des dernières richesses patrimoniales de la ville, a immédiatement réagi par la voix de son président Frédéric Guthmann « non pour jouer les pleureuses et développer une veine nostalgie » mais pour rappeler que Mulhouse, avec cette démolition, a perdu quelques minutes avant l’heure fatidique dans la conservation d’un patrimoine qui comporte « beaucoup plus d’éléments remarquables que ses habitants ne veulent le croire ».

Elle se demande si Mulhouse mérite encore son label de Ville d’art et d’histoire

Mais ce « patrimoine n’est pas inépuisable. Il convient de l’identifier, de le préserver et de le valoriser… Pour que ne se reproduise plus un massacre comme celui du bloc vapeur, pour que cette énième victime de la spéculation foncière voie son sacrifice sublimé, il est grand temps d’anticiper désormais sur les projets à venir ». En clair, même si le CCPM « n’a pas le monopole du savoir, il est indispensable qu’une telle instance soit écoutée et entendue à temps ».

À ce propos, Marie-Claire Vitoux, présidente honoraire du CCPM rappelle « qu’il y a dix ans, les historiens avaient remis à la mairie un rapport complet sur la valeur patrimoniale du site DMC et de son ensemble indissociable formé par la filature et son bloc vapeur ». Remontée, elle considère que le permis de démolir accordé à Superba propriétaire du site « est un sale coup, peut-être un coup fatal porté au patrimoine mulhousien ». Elle se demande si Mulhouse mérite encore son label de Ville d’art et d’histoire.

Au conseil municipal lundi soir, Darek Zsuster (Un Nouveau souffle pour Mulhouse) a formulé le vœu que « cette douloureuse expérience sera le dernier coup dur porté contre le patrimoine historique et qu’on s’interroge rapidement sur l’avenir du bâtiment principal car ne rien faire aujourd’hui signifie à terme le condamner».

« Il faudrait un mécène comme Batigère pour la caserne Lebfèvre »

Montré du doigt, le propriétaire Superba, par la voix d’un ancien dirigeant Alphonse Hartmann « ne fait aucun commentaire », sinon pour rappeler que sa décision a été prise suite à un rapport technique sur la dangerosité de l’édifice mis à terre.

Également montrée du doigt, la municipalité se défend de pouvoir intervenir sur le domaine privé (voir la réaction de Jean Rottner).

Frédéric Guthmann n’est pas très optimiste pour l’avenir malgré les déclarations de bonnes intentions de la Ville : « Le sort du bloc vapeur ressemble étrangement à ce qui s’est passé à l’arrière de la caserne Lefebvre et la maison Braun. À chaque fois, les propriétaires ont laissé faire. Il y a eu des dégradations et des incendies, plus ou moins suspects. Il faudrait un mécène comme Batigère pour la caserne Lebfèvre. Or il n’y en a pas ».

Eric Chabauty

Dernières Nouvelles d'Alsace du dimanche 22/05/2011

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Rédigé par SOCIETE GODEFROY ENGELMANN

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