Mulhouse - Parc Steinbach - Les pièces du dossier

Publié le 30 Septembre 2012

 Mulhouse - Parc Steinbach - Les pièces du dossier
Mulhouse - Parc Steinbach

Les pièces du dossier

Dans le cadre de la désormais « affaire » du réaménagement du Parc Steinbach à Mulhouse, qui prend tous les jours plus d'ampleur, nous publions ci-dessous les observations du président de la société Godefroy Engelmann, Francis Fricker, soumises en août dernier à l’appréciation du commissaire-enquêteur, mandaté pour conduire l’enquête publique imposée par la loi, avant décision et travaux. Des éléments essentiels d'analyse y sont avancés, afin de permettre à chacun de se faire une opinion sur le sujet. Gageons qu'ils pèseront lourdement dans le débat.

ENQUETE PUBLIQUE
RELATIVE A LA REVISION SIMPLIFIEE N°1 DU P.L.U.
RELATIVE A L’AMENAGEMENT DU SQUARE STEINBACH
OBSERVATIONS

Mulhouse, le 17 Août 2012

Monsieur le commissaire-enquêteur,

Veuillez trouver ci-dessous les observations que je vous adresse dans le cadre de l’enquête publique concernant l’objet visé ci-dessus.

Après examen du dossier consulté au service d’urbanisme de la Ville de Mulhouse, j’observe :

I. Remarque préliminaire sur la procédure de consultation et sa date :

a) Le 28 mars 2012 s’est tenu une réunion de consultation des organismes associés à la révision simplifiée du PLU (conseil général, chambre de métiers, chambre d’agriculture, SCOT-AURM, M2A Mulhouse Alsace Agglomération) permettant ainsi le lancement du Projet,

b) l’arrêté n° 2012 920 du 27 juin 2012 a ordonné l’ouverture de l’enquête publique et vous a désigné comme commissaire enquêteur.

La durée de l’enquête a été fixée du 16 juillet au 17 août 2012 et comporte 4 journées de réception pour les observations, notamment le 16 juillet, jour d’ouverture de la consultation.

OBSERVATION n°1

Il était donc matériellement possible d’entamer la consultation avant la fin du mois de juin 2012 ; il était également possible de la prolonger jusqu’au-delà des vacances d’été jusqu’en septembre par exemple.

Une consultation volontairement écourtée aura certainement écarté, en raison du choix des dates ‘invalides’ retenues, un certain nombre de Mulhousiens éloignés par les congés, empêchant ainsi la consultation de se réaliser avec un délai de réflexion normal. Il en résulte un doute sur la volonté de concertation avec le public de la collectivité et la transparence de son action.

En ce qui me concerne j’ai écourté mes vacances afin de pouvoir consulter les pièces du dossier sur place et rédiger les présentes.

II. Concernant le rapport de présentation et son exposé des motifs :

Il est indiqué que la valorisation et le réaménagement du secteur sont traduits par 4 objectifs :

1) renforcer les liaisons piétonnes gare-centre….

2) ouvrir le square sur son contexte

3) libérer la place de la Paix des voitures

4) traiter la rue du Mittelbach

Seul le point 2 concerne le square lui-même, les autres points n’ont aucun rapport organique avec l’aménagement de l’intérieur du périmètre du square, qui est cependant l’objectif unique de la modification projetée ;

Cet excès inutile d’objectifs sans rapports avec le sujet central traduit une confusion des genres, à savoir d’une part les objectifs d’urbanisme qui sont une chose indépendante de la révision de la Zone UH3 du document et d’autre part les objectifs d’aménagement paysager qui sont le centre de la question. Tout laisse à penser que les 3 points ne concernant pas le square ne constituent que des emballages cosmétiques sans rapport avec l’objectif principal et unique : modifier l’organisation actuelle du parc qui a le statut contraignant d’EBC autrement dit d’Espace boisé classé, et donc protégé dans son statut actuel.

Un seul paragraphe du rapport sur près de 20 pages, annexes non comprises, en page 9, traite explicitement du parc lui-même. Le texte précise exactement ceci : « le square apparaît comme ‘’introverti‘’, ceci en raison de la présence de haies et de talus en périphérie de cet espace, qui contribuent à cloisonner et à créer des barrières visuelles. On constate également que la strate arborée est vieillissante et nécessite d’être régénérée ».

Cette affirmation comporte une généralisation hâtive et inexacte : en effet, seule la limite Sud du parc, le long de la rue de la Sinne, est bordée de haies, pour le restant les accès visuels et piétons sont libres et semblables d’ailleurs à la présentation photographique implantée sur le Parc qui illustre le projet sur les panneaux implantés sur le parc et intitulés « un parc à vivre ».

Tout laisse supposer que la disparition de cet écran accroîtrait les nuisances sonores des voitures circulant rue de la Sinne.

Le document graphique de la page 9 signé ‘’groupement Mutabilis‘’ laisse à penser que la barrière verte des haies existantes restera inchangée.

Page 8, point 2 : « Ouvrir le square Steinbach sur son contexte, valoriser ses franges, notamment ses bâtiments remarquables pour rendre cet espace publique rayonnant à l’échelle de la ville…» : il s’agit de généralités vagues sans rapport direct avec l’objectif concernant le parc lui-même et donc hors-sujet.

OBSERVATION n°2

La page 10 du document précise :

« Le square lui-même sera réaménagé de façon à, d’une part ménager des lieux de repos sur les parties les plus calmes du square et d’autre part prévoir des espaces de jeux. Des espaces de vie seront prévus, à proximité des équipements, des espaces polyvalents venant s’inscrire dans le prolongement du parvis. Les circulations piétonnes seront réorganisées, pour tenir compte des différentes polarités qui seront constituées et des nouveaux usages ».

Ceci est déjà le cas actuellement et tout indique que le Parc satisfait déjà fort bien à sa fonction de lieu de calme, de repos et de jeux ; il suffit de s’en assurer par sa fréquentation intense.

Cependant, en conséquence des nouveaux objectifs, il est prévu une disparition quasi-totale de l’organisation actuelle du parc, cheminements, engazonnements, havres ombrés, ponceau, vallonnements divers, plantations de basse tige, etc.

A en juger par le panneau de présentation illustratif visible sur le site, les espaces de détente au sol et sur gazon semblent fortement pénalisés par de nombreuses plates-bandes et parterres floraux, d’un entretien coûteux au demeurant.

OBSERVATION n°3

On lit, page 10, dernier alinéa, et page 11 : « le diagnostic réalisé dans le cadre des études préalables a mis en évidencele vieillissement de la strate arborée et la nécessité de la renouveler. L’objectif de l’aménagement est donc [etc…] …les arbres de haut jet existants seront préservés pour offrir des endroits ombragés… »

Il résulte de ce diagnostic que le Parc du Luxembourg à Paris, comme le Parc Monceau et celui de Versailles nécessiteraient un traitement semblable, ce qui est à l’évidence absurde et ridicule. Il apparaît également que les arbres qui ne sont pas de haut jet seront supprimés en tout ou partie. Or ils constituent l’essentiel des volumes verts.

En résumé : la totalité de l’aménagement actuel du parc est en sursis temporaire.

La disposition centrale du projet est énoncée, page 11, dans les termes suivants : « le square Steinbach et la cour du musée des beaux-arts sont aujourd’hui protégés au titre des Espaces Boisés Classées, et les arbres remarquables qui constituent le square sont identifiés sur le plan graphique du PLU. Ce classement, au titre des EBC, est de nature à compromettre la mise en œuvre d’une partie des orientations définies plus avant, car il se révèle trop figé. »

La protection actuelle interdirait notamment la modification des accès, des cheminements, et des aménagements nécessaires à la mise en valeur du square et de ses abords. La volonté est de réaménager le square… en proposant des aménagements conformes à l’affectation de cet espace boisé classé, à savoir un square public.

Commentaire : en conséquence, il conviendrait de déclasser un espace public classé pour lui donner une affectation de square public non classé ! Le rédacteur n’a pas peur du ridicule et de se contredire entre le début et la fin de la même phrase. Bref, à le lire, le square ne serait pas un espace public dans l’état actuel qui est le sien. En conséquence, la protection absolue des espaces classés sera avantageusement remplacée par celle, très élastique, des « espaces protégés », ce qui revient à dire que l’on pourra faire ce que l’on voudra dans l’avenir.

OBSERVATION n°4 de conclusion générale

La modification proposée du PLU ayant pour conséquence la disparition de la protection actuelle du site par la transformation de la zone classée « espace boisé classé » en zone simplement « protégée », et en conséquence la mise en péril général de la totalité de ses aménagements, cheminements, plantations, et autres équipements, j’émets un avis totalement défavorable à ce projet.

Je fais notamment observer, à titre explicatif, les faits suivants :

1/ Ce parc aménagé au 19ème siècle sur le principe des jardins ‘’à l’anglaise‘’ constitue un élément essentiel du capital urbanistique et paysager de l’ère industrielle de Mulhouse en centre ville, au même titre que le square de la Bourse par exemple, dont il est en quelque sorte le pendant. La destruction de l’un des éléments porte donc préjudice à l’ensemble du quartier au sens historique du terme et à son unité patrimoniale que le magistrat municipal passé avait voulu, inutilement semble-t-il, protéger de toute atteinte grave.

2/ la supposée ‘’vétusté’’ des plantations est une analyse pseudo-botanique qui pourrait s’appliquer à l’ensemble du patrimoine des grands parcs français pour légitimer leur déstructuration. Il s’agit d’un argument à caractère essentiellement commercial et mal fondé, couramment mis en avant par les entreprises qui alimentent le marché des plantations publiques et du mobilier urbain.

3/ le caractère actuel d’espace totalement accessible au public sans contraintes d’aucune sorte menace d’être remplacé par des contraintes nouvelles qui s’imposeront aux usagers : réduction des surfaces accessibles, réduction des zones à l’ombre, etc.

4/ les coûts d’entretiens du site seront inévitablement très augmentés dans des proportions qu’il convient d’évaluer.

5/ le coût de l’investissement, sans objet sérieux, envisagé est inadéquat en une période à venir de restrictions budgétaires croissantes.

Autrement dit, le rapport « qualité supplémentaire/coût supplémentaire » est à l’évidence négatif et pèsera sur la ponction fiscale municipale et les contribuables.

III. Les plans joints au dossier

OBSERVATION N°5

Les plans montrent un zonage UH3 simplement tramé, ne comportant aucun détail relatif aux arbres protégés et classés ni aucun détail d’aucune sorte : il s’agit donc d’un blanc seing total à l’aménageur sans aucune possibilité de contrôle de son action.

Je vous serais obligé de faire part de ces remarques dans votre rapport et vous prie d’agréer, monsieur le commissaire-enquêteur, l’expression de ma considération très distinguée.

Francis FRICKER

PS : Il parait indispensable de connaître les conditions de la donation de ce parc à la ville de Mulhouse ainsi que les volontés des donateurs. Quid ? Il convient donc de rechercher la donation de 1894.

Contact : engelmann.patrimoine@gmail.com

Pour signer la pétition.

Rédigé par SOCIETE GODEFROY ENGELMANN

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