Square Steinbach - Dossier analytique
Publié le 17 Octobre 2012
Le square Steinbach : chronique d’un sort annoncé ?
Dossier analytique et critique
réalisé par J.-P. REDURON
(à son initiative)
ingénieur horticole et botaniste,
ancien Directeur du Service des Espaces Verts
de Mulhouse,
des Missions sur l’Environnement puis le Développement durable
de Mulhouse et de l’Agglomération mulhousienne,
désormais expert-conseil dans le domaine du Végétal
Préambule
Ayant été informé d’une visite commentée du square Steinbach à propos de son réaménagement, j’y ai participé de façon spontanée. Ne connaissant pas le projet - que je pensais être une rénovation - n’ai-je pas été particulièrement surpris d’apprendre qu’il s’agissait d’un « réaménagement », plutôt d’une transformation radicale, concept qui motivait l’abattage de 80 arbres et arbustes environ. J’acceptai bien volontiers d’improviser un descriptif de cet espace paysager et de ces principaux arbres, en tant qu’auteur de l’ouvrage « Les plus beaux arbres de Mulhouse » et surtout visiteur de ce square depuis 1971 à nos jours soit plus de 40 années.
A la suite de cette visite commentée, relayée par la Presse, j’ai été l’objet de demandes croissantes d’informations par des proches, des particuliers, d’anciens collègues de travail, d’associations dont évidemment la Société Godefroy-Engelmann et d’autres structures. Constatant cela, j’ai décidé - à titre personnel - de réaliser un dossier succinct de type expertise afin de faire connaître ma position et de le remettre aux personnes intéressées, concernées ou mobilisées.
Une dernière précision. Ce dossier a été réalisé sur la base de connaissances et de documents personnels, d’éléments qui m’ont été communiqués suite aux réunions et à l’enquête publique. Je n’ai pas eu connaissance du dossier technique, ni pris le temps de faire des recherches historiques approfondies. Dans le cours de cette rédaction, j’ai appris l’avis négatif du Commissaire enquêteur, ce qui est un point positif mais non suffisant. Il se peut que certaines analyses, manquant de renseignements historiques, techniques ou mal relayés, ne soient pas appropriées.
Style paysager
« Mulhouse est ville d’art et d’histoire, bravo : mais l’art paysager historique y a-t-il droit de cité ? »
Le square Steinbach appartient au style romantique succédant au style régulier « à la française » dont l’apothéose fut Versailles. Son dessin est attribué aux frères BUHLER au milieu du 19ème siècle, paysagistes et auxquels on doit les plus beaux parcs de Bordeaux, Lyon, etc., et renommés autant qu’ALPHAND, créateur des parcs Monceau et Montsouris à Paris.
Le style romantique tranche avec l’ultra-régularité précédente. Il organise des cheminements en courbe, des pelouses surélevées au bord pour masquer les chemins à distance (effet de verdure), plante des massifs d’arbres et d’arbustes aux formes souples, expose des arbres de grande venue, souvent des espèces de collection, parfois ajoute des fausses ruines, etc.
Avec le temps, les squares de ce style sont devenus de véritables « poumons verts » des villes, certains arbres étant devenus de grands vénérables, les massifs s’étant densifiés, le tout devenant des espaces climatiques semi-fermés et d’ambiance reposante dans un air épuré.
L’aspect visuel et pictural du départ s’est enrichi…
Le projet proposé prend le contre-pied d’une rénovation dans le respect du style initial (avec une adaptation raisonnée à notre époque), il s’agit d’une transformation radicale vers un square « design », dépouillé, épuré, perdant une grande partie de son intimité, privilégiant les liaisons piétonnes avec la ville environnante (elles existent déjà en suffisance), le square étant considéré comme un lieu de passage ouvert, etc. En bref, on passe du parc de style romantique à une forme d’urbanisme paysager moderniste à dominante visuelle (incomplet par ailleurs en termes de technicité).
L’ajout d’une grande arabesque de haies miniatures n’est en revanche pas incompatible avec le style du 19ème siècle, car, à la fin de ce siècle, avant de passer à des « espaces verts » plus modernes, on a adjoint aux squares romantiques des petits espaces réguliers, formant des rappels de style précédent. Historiquement, ce square possédait des carrés réguliers en son extrémité ouest (1844). Cela dit, de telles arabesques exigent un choix soigné de l’essence employée et, accompagnées de fleurissement par des plantes de tailles basse, moyenne et élevée, procurent un décor esthétique fin mais fragile, avec un impératif : un entretien minutieux (et coûteux) ainsi qu’une protection efficace contre les dégradations de tous types.
Enfin, je tiens à préciser que je n’ai rien contre les jardins et compositions végétales d’architecture très contemporaine - au contraire - j’apprécie l’architecture contemporaine et au-delà l’art contemporain, et j’ai la chance par mes expertises de visiter de nombreuses villes de France en y regardant ces nouvelles réalisations. Mais il s’agit généralement d’espaces nouveaux, des terrains rendus vierges par la structuration ou l’extension de la Ville. Ce sont des novations paysagères où un modernisme paysager très diversifié a toute sa place.
Pour le square Steinbach, ce concept me paraît déplacé à la fois sur le plan du respect du patrimoine et du site choisi.
Avec le temps, Mulhouse, ville considérée comme peu architecturale, s’est constitué une panoplie architecturale de toutes époques, visible et visitable au travers de la Ville (en plus des architectures industrielles). J’ai personnellement choisi de recréer le parc Wallach dans un style régulier « à la française » - alors que ce n’est pas mon goût personnel - de manière aussi à ce que Mulhouse se dote peu à peu d’un éventail de styles paysagers, allant jusqu’au concept de nature en ville à d’autres endroits.
L’arbre remarquable en ville : pourquoi le condamner ?
Pourquoi faire disparaître les grands arbres des villes, et même les plus modestes, lorsqu’ils ont atteint leur plénitude, leur taille, leur couronne développée donnant leur effet maximum en termes d’esthétique, d’ombrage, d’amélioration du climat, de capacités biologiques, etc. ? Chaque génération doit pouvoir bénéficier des efforts de ceux qui ont planté par le passé ces belles essences sachant qu’elles profiteront aux générations futures. Ces arbres vénérables sont un symbole parfait du développement durable et du respect de l’environnement.
Alors que Mulhouse s’est depuis longtemps engagé dans une politique verte (Plan vert) et environnementale (Charte d’écologie urbaine, Plan municipal d’Environnement, Programme de Développement durable, etc.), il est surprenant de prévoir l’abattage de beaux et grands arbres, option balayant d’un revers de main, les orientations de la Ville ayant contribué à transformer son image grise et industrielle en une ville verte et vouée à l’environnement.
D’après les éléments en ma possession, seuls les arbres classés seraient conservés (en plus de quelques autres), ce qui condamne par exemple, les arbres suivants :
• Grand Cyprès de Lawson devant le Théâtre, arbre multitronc au feuillage bleuté : qui gêne-t-il ? Il est pratiquement isolé (seulement associé à un beau pin noir) et non responsable de la trop grande densité du parc. On me répond qu’il gêne dans la perspective ! Mais il fait bonne figure devant le théâtre que l’on peut voir aussi en perspective. Faut-il couper un arbre remarque pour une perspective ? Triste condamnation. Il vaut mieux le mettre en valeur.
• Très bel if fastigié ayant atteint son effet optimum (le long de la rue Wicky). En isolé. Qui gêne-t-il ? Un fuseau élégant émeraude foncé. Respecte les formes arborées des anciennes cartes postales.
• Vieux genévrier (le long de la rue Wicky). ayant pris des formes étonnantes, contemporaines. Belle pièce à conserver pour une esthétique nouvelle, un clin d’œil au modernisme dans un square rénové dans le respect de son style…
• Cèdre (au fond de la pelouse centrale) : planté pour symboliser le Liban, à la demande d’une personnalité originaire de ce pays et venue s’investir à proximité. Son abattage renverse le symbole initial…
• Thuya d’Occident : qualité moyenne, mais cela ne motive pas une condamnation… On peut essayer de lui donner plus de vigueur.
• Savonnier. Même si l’arbre actuel n’est pas formidable (quoique : il a simplement poussé du côté opposé à la butte), cette essence bien adaptée aux climats continentaux et fleurissant en été (ce qui rare) devrait être diffusée au sein du parc.
• Hêtre pourpre. Planté en remplacement d’un très grand et très vieux sujet. Classique dans ces parcs romantiques. Incertitude sur son sort…
• Quel devenir pour les grands arbres (marronniers, érables) procurant une ombre agréable, situés juste à l’ouest de la place de jeux ? Sont-ils sacrifiés également ?
• etc.
• Enfin, l’historique Paulownia du Musée des Beaux-Arts. Grand âge. Devenu une sculpture végétale. L’assise est bonne, quoique ancienne par endroits. D’accord pour le remplacement par 4 arbres en carré, mais seulement après sa disparition naturelle (sauf risque de chute). Pourquoi le sacrifier dès à présent : respectons son âge vénérable !
Notre société sait couper un arbre séculaire en quelques minutes…
Déclassement = Déboisement
Au total, on parle de 80 arbres et arbustes qui seront éliminés pour supprimer le caractère « intraverti » du Parc. Les arbustes ne sont pas à négliger, car le parc forme un tout et qu’ils jouent un rôle complémentaire à celui des arbres. L’abattage d’arbres donne toujours lieu à des dégâts collatéraux non prévus (racines endommagés, gabarit des engins, damage du sol, assèchement de l’air, etc.) qui se révèlent parfois plusieurs années après ; on peut les estimer à 10-15% environ. En ajoutant la place de la Paix (et j’espère encore aucun autre site !) où l’on se débarrasse de 16 tilleuls presque tous adultes, pas assez esthétiques, c’est une bonne centaine d’essences ligneuses qui sont condamnées. Un véritable déboisement au cœur de la Ville. Ce qui nécessite d’ailleurs un déclassement ? ! Où est le Plan vert, le Plan d’Environnement etc. ?
Le devenir de la butte boisée : attention à la technicité autre que décorative !
Le square Steinbach comporte une butte boisée située côté rue Alfred ENGEL. Elle recouvre en fait un ancien bunker, dit-on.
Dans le projet, selon les sources, cette butte, soit reste telle quelle bien que plantée d’arbustes couvre-sol, soit reprofilée (« arasée » ou « aplanie au sommet »).
Plusieurs arbres de cette butte ont pris des proportions importantes (hauteur, couronne). Cela dit, leur enracinement demeure superficiel : les racines ne pouvant descendre profondément ont probablement recouvert en coiffe la construction souterraine. Avec le temps, tout cela s’est stabilisé, mais il importe de ne pas endommager le réseau racinaire, même de façon limitée. Cela augmenterait la sensibilité au vent et diminuerait la stabilité des grandes arbres avec risque de chute. D’autant que les épisodes climatiques (orages…) sont de plus en plus contrastés. Il est donc impératif de ne rien toucher sur cette butte. Attention à l’enlèvement d’arbustes ou de petits arbres, ce qui détériorerait l’assise racinaire. Attention à des plantations de sous-bois avec le même effet.
Je crois savoir qu’il est prévu un déboisement (« éclaircissage ») au pied ouest de la butte. Attention à nouveau ! Les arbres concernés peuvent avoir servi d’écran, sachant que les arbres périphériques d’un bosquet ayant poussé face aux intempéries (vent…) sont plus résistants que ceux de l’intérieur. C’est le cas du parc de Pourtalès à Strasbourg : les grands arbres moins aguerris aux aléas climatiques sont tombés car ils se sont retrouvés en première ligne lorsque l’on a dû enlever les arbres-écran.
Il fut bien sûr conserver la frange d’arbres située juste devant à l’ouest : Thuya occidental, Sapins bleus (traitement pour leur redonner de la vigueur) et quelques autres.
Cette butte devrait être destinée à un « îlot écologique » dans ce petit parc : un endroit fermé où on laisse la nature s’exprimer sans entretien. Un tel îlot existe au Jardin des plantes à Paris, non loin de la perspective principale. Cela ne pose aucun problème paysager. De même à Nantes où un jardin d’expression naturelle existe près des quais rénovés.
Un peu d’écologie urbaine : les arbres améliorent physiquement l’environnement urbain. Ils sont une présence de la nature en ville
On a l’impression que les arbres et autres ligneux ne sont ici vécus que comme des formes inertes, des éléments d’un spectacle visuel, d’une scénographie. Sont-ils vivants ? L’écologie urbaine, surtout développée à partir des années 70, a révélé une autre dimension des espaces verts urbains et des arbres. En bref, l’arbre (surtout lorsqu’il est adulte) contribue à modifier positivement le microclimat urbain. Chacun sait qu’il procure de l’ombre, bien recherchée pendant les étés continentaux alsaciens. Mais cela n’est pas tout : il humidifie notablement l’air, en brumisant sur place une quantité d’eau journalière non négligeable, nécessaire à sa physiologie (transpiration, évaporation). L’air sous un espace planté, est moins sec, plus agréable à respirer. Cette évaporation consomme localement de l’énergie et combinée à l’ombre, apporte aussi de la fraîcheur. Enfin, certains arbres particulièrement - à feuilles rugueuses ou velues (tilleul) ou garni d’aiguilles (conifères) - occasionnent une dépoussiération de l’air ambiant en captant mécaniquement ces particules. Il est admis que cela joue déjà entre une rue plantée et non plantée : l’air d’une rue plantée est plus sain que celui d’une rue sans arbre. Les poussières de l’air renferment beaucoup de germes. Le fait d’installer des maisons de repos ou de convalescence dans des parcs ne répondait pas seulement à un objectif décoratif…
Un square ancien ou un parc urbain suffisamment densément planté devient de ce fait un milieu semi-fermé (et semi-ouvert), un microclimat plus frais, plus humide que les abords, ce qui y favorise la santé des arbres eux-mêmes tout en procurant de l’agrément aux visiteurs. Il ne s’agit pas de défendre l’idée d’une « forêt urbaine » qui serait un milieu fermé avec ses ourlets d’arbustes fermant les bordures. Cela aurait bien des défauts pour l’usage. Mais au contraire, une trop forte ouverture ferait perdre au parc cette qualité d’îlot climatique favorable à bien des points de vue.
Trames vertes, coulées vertes, pénétrantes de verdure, îlots naturels, etc. l’idée de la nature en ville a beaucoup progressé au cours des 30 dernières années. « La nature doit pénétrer dans la ville comme l’air dans nos poumons, par des ramifications de plus en plus fines », dit la formule du suisse R. HAINARD. Loin de moi l’idée de proposer la reconstitution de la forêt riveraine de la diffluence de la Sinne (fossé) d’un lointain passé ! Simplement rappeler qu’un square ancien est aussi un lieu de nature, une possibilité d’observations en pleine ville comme me l’ont indiqué bien des personnes lors des visites et après. Certains usagers apprécient le côté naturel acquis par le square Steinbach.
Les arabesques taillées et fleuries : quelques éléments objectifs
Les arabesques proposées dans la partie ouest du square ont quelques aspects positifs. Comme précité, ils correspondent à des ajouts réguliers de la fin du romantisme paysager. Par ailleurs, ils sont un clin d’œil aux indiennes qui firent la fortune de Mulhouse. Enfin, ce sont des formes appréciées du public à cause de la grâce des courbes. Encore faut-il qu’elles soient maintenues et fleuries dans le détail avec les moyens appropriés ! Outre le choix de l’essence pour les haies miniatures pas si évident que cela (le buis doit être évité à cause de l’épidémie de pyrale - ne pas prendre le risque de variété soit-disant résistantes car on manque de recul - et l’on risque d’avoir tout à replanter ), la taille des haies et l’entretien des massifs de fleurs élégantes font grimper les besoins d’entretien à 2 personnes à temps plein. Par ailleurs, y aura-t-il un arrosage automatique ?
Mais le plus important n’est pas là : des arabesques finement fleuries doivent être protégées. Les usagers du square ne sont pas tous - loin s’en faut - respectueux des plantations, parfois de façon involontaire (enfants), parfois désinvolte. En soirée, après le film, les chiens réveillent leur maître endormi devant l’écran et l’amènent pour leur promenade vespérale au square ; pour les remercier, les maîtres leur accordent une grande liberté…
Les arabesques prévues sont très sensibles aux déjections canines, aux piétinements et autres mauvais traitements, et rien n’est plus vilain qu’une broderie végétale négligée et détériorée.
Il faut donc prévoir une clôturette basse extérieure pour empêcher tout accès à la broderie végétale : c’est indispensable, autant la placer initialement plutôt que de devoir la rajouter par la suite…
En clair, les temps économiques étant ce qu’ils sont et l’époque au court terme, je crains que cette arabesque ne devienne rapidement une broderie trouée et dégradée, et que son dessin d’origine n’ait été en fait qu’un paraître, un tape-à-l’œil.
Le rôle pratique d’un square : repos, tranquillité, semi-intimité, contemplation
L’objectif d’un square en ville se situe en contrepoint de la majorité des occupations urbaines : déplacements, occupations professionnelles, bruit, milieu minéral urbain, etc. Il doit offrir : un moment de calme, une pause dans la journée, une ombre fraîche en été, l’agrément d’un paysage composé, le plaisir de contempler les beautés du monde végétal, une promenade dans une ambiance agréable, un espace de jeux pour les enfants… le tout dans un site suffisamment propre et sécurisé.
Dans le square classique, il y a toujours la recherche d’un minimum d’intimité personnelle ou familiale. Passer des instants en dehors ou à distance du bruit et de la pollution, trouver la tranquillité pour une lecture…
Beaucoup de créations contemporaines, pour esthétiques qu’elles soient sont plus « intellectuelles », plus minérales, de structuration plus abstraite, etc. et correspondent à l’évolution urbanistique et architecturale, tandis que d’autres intègrent les notions d’écologie urbaine et de nature en ville.
Mais il s’agit ici du respect d’un square existant.
Propos conclusifs et propositions
En conclusion, il apparaît que le projet proposé par Mutabilis est une transformation radicale de l’ancien square, et non une rénovation respectueuse des antécédents. On fait tabula rasa du passé, considérant ce square comme vieillot et désuet et en ne respectant aucunement :
• le style romantique du square Steinbach (et aussi la personne historique de G. STEINBACH auquel il est dédié - comme le remarque désormais le Commissaire enquêteur). Question de conception : faut-il avoir l’idée de transformer un meuble d’époque, même usé, en meuble design ? Fallait-il raser la maison During comme le proposait l’architecte de la Ville à l’époque comme architecture dépassée ? La réponse est non. Mulhouse, plus que bien d’autres villes, a besoin de mettre en valeur son passé et son Patrimoine : celui-ci a été ô combien endommagé par la modernisation de la ville et un virage a été pris conduisant à la Ville d’Art et d’Histoire. Le square Steinbach fait partie à la fois de l’art paysager et de l’histoire de la Ville. Sa rénovation doit prendre en compte cette donne.
• les arbres historiques, majestueux et remarquables qui s’y trouvent. Comment à notre époque, dans une Ville qui a lancé un Plan vert et se réclame de l’Environnement et du Développement durable, supprimer sans scrupule un grand Cyprès déjà présent sur les photographies anciennes du Parc, sacrifier l’antique et vénérable Paulownia de la maison Steinbach ? Etc, etc. C’est au mépris de l’arbre en ville, de l’image récente que s’est donnée Mulhouse au passage de la ville grise vers la Ville verte…
• les nouvelles données de l’Écologie urbaine sachant que Mulhouse a été la 1ère Ville en France à se doter d’une Charte d’Écologie urbaine ! Quelle régression, quel retour à la courte vue ! Le déboisement programmé du Parc va modifier son microclimat valable pour le public comme pour les arbres isolés restants (voir plus haut).
Un éclaircissage trop violent vis-à-vis de la rue de Sinne n’est pas conseillé. Une trop grande ouverture par rapport à une artère circulée supprime l’effet de protection réel même s’il est imparfait (simple atténuation). Faible pour le bruit, il l’est moins pour les particules, poussières et autres effluents de la circulation qui pénétreront directement dans le square, au lieu soit d’être captés par la haie végétale, soit d’être renvoyés en hauteur et se diluant alors davantage.
• la bonne gestion future du Parc. Le refus d’une clôturette périphérique est incompatible avec la broderie végétale en arabesques et floraisons de qualité. Le square Steinbach est petit, n’est à l’échelle de la ville d’aujourd’hui, fait l’objet d’une forte pression d’usage (public, chiens, etc) : sa qualité esthétique dépend de sa protection permanente. Quel changement pour le square Salvator ! Par rapport au temps où, gestionnaire du Parc, je le retrouvais défoncé par des véhicules, motos même voitures et les pelouses, massifs, compositions florales saccagées… Il reste aussi à garantir les moyens supplémentaires pour un entretien soigné du nouveau Parc.
En un mot, dans le projet actuellement proposé, le square Steinbach est dénaturé. On éclate sa structure, réduit son intimité, y tronçonne des arbres prestigieux, refuse son histoire.
Ce projet est à revoir en profondeur…
Proposition
• Retravailler le concept de la rénovation du square en conservant une pertinente traçabilité de son style et de son histoire. Et en le replaçant dans le contexte mulhousien. Il sera également précieux d’abandonner la « vision visuelle » qui préside actuellement au projet, pour une attitude moins réductrice, ouverte à toutes les fonctionnalités d’un espace vert urbain.
• Revoir le respect de l’arbre en ville dans le projet Grand Centre et même sur la Ville, dans un esprit de préservation et de valorisation. Les arguments esthétiques doivent être relativisés et déclarés insuffisants. L’argument de « remplacement par des jeunes arbres » déshabillé : - quel sera le devenir de ces arbres, seront-ils mieux que les actuels ? - il faut attendre une trentaine d’années pour en profiter vraiment ; - un jeune arbre a plusieurs centaines de fois moins d’effets climatiques et biologiques qu’un arbre adulte.
• Prévoir la préservation et la mise en valeur des arbres historiques, majestueux et remarquables du parc Steinbach, avec des explications pédagogiques sur les plus remarquables.
• Regarder de près le traitement de la butte boisée afin d’éviter la fragilisation indirecte des grands arbres.
• Renoncer au déclassement du Parc. Tout déclassement libère les esprits déboiseurs.
• Accepter la clôture du Parc de façon esthétiquement discrète mais suffisamment efficace.
• Réfléchir à l’aménagement de la broderie en arabesque (essence, entretien, préservation…) de manière à ce que ce joyau prévu ne devienne pas une loque…
• Garantir la qualité de l’entretien exigeant des moyens supplémentaires.
La mémoire et l’histoire d’une ville sont essentielles.
Tout arbre majestueux ou séculaires est un symbole, un drapeau…
Cela dit,
• Proposer sur un site urbain à rechercher (même au-delà du Centre), un espace vert de facture très contemporaine, voire avant-gardiste, qui complèterait la panoplie existante et prouverait la continuité de Mulhouse en matière d’espaces verts de grande qualité.
JPR, le 16 octobre 2012
jp.reduron@hrnet.fr









